Photo: The Ritz Carlton, Riyadh. Saudi Fertility Society Meeting (2015)

Découvrir l’Arabie Saoudite autrement

«Récemmentnous avons vécu des moments difficiles avec les attaques à Paris et Bruxelles de la part des intégristes partisans de l’État Islamique.  Dénigrant ainsi les communautés musulmanes qui baignent dans une culture respectueuse malgré ce que l’on peut penser.  Les femmes qui prennent la décision de porter l’abbaya, le hijab et/ou le voile est souvent un choix culturel et de croyance, plutôt qu’une imposition religieuse et de domination masculine.  Ce qui est généralement véhiculé par l’opinion publique.  Ayant vécu quelque temps en Arabie Saoudite, j’en connais un peu plus sur le sujet.  J’aimerais vous en faire part en vous partageant mon expérience. » Par Thérèse Thémélis, Voyageuse et Consultante en Gestion des Ressources humaines.

Il y a quelques jours, je suis tombée sur un article concernant la vie des femmes en couple avec des musulmans qui les « forcent » à s’habiller de la tête aux pieds avec la grande robe nommée en Arabie Saoudite « l’abbaya », le hijab et possiblement même le voile.  Cela est bien réel, j’en conviens.  Par contre, laissez-moi vous donner un aperçu de ce que j’ai appris sur cette culture.  Ceci est basé sur mon vécu en Arabie Saoudite de 1992 à 1994 et mes relations encore à ce jour.

J’avais 20 ans lorsque je suis allée travailler en Arabie Saoudite pour devenir surveillante-sauveteuse de piscine pour les femmes.  En fait, je ne m’attendais pas à fréquenter les Saoudiennes, mais bien les étrangères.  Honnêtement, ce fut une très belle expérience.  Premièrement, nous devons comprendre que ce peuple et sa culture existent depuis plus d’un millénaire.  Alors, non seulement les hommes ont ancré leur vision des femmes, mais elles-mêmes enseignent les mœurs et traditions à leurs filles.  Voici ce qu’elles leur disent ? « Ma chérie, pour respecter ton mari, tu portes le voile et le hijab pour ne séduire que lui. »  Ou, « ma chérie, pour seulement plaire à ton mari, l’abbaya protège ton corps de la vue des autres hommes.  Tu ne l’offres qu’à ton homme. »  Comment est-ce-que je le sais?  Parce que, j’ai écouté et discuté avec plusieurs d’entre elles, et particulièrement une adolescente de 17 ans qui m’a interrogée sur ma raison de ne pas me « couvrir ».

Cette discussion s’est produite alors que je terminais mon quart de travail comme surveillante de piscine.  Une jeune fille saoudienne, se préparant pour partir, s’était arrêtée devant moi en m’observant avec curiosité.  Elle m’a demandé pourquoi je refusais de me « couvrir » et si je ne me sentais pas « honteuse » de me montrer ainsi (je portais un long pantalon et un chemisier à longue manche de couleur avec des sandales).  Je lui ai expliqué que dans mon pays, nous étions libres de nos décisions et donc, de notre habillement.  À son tour, elle m’a lancé avec passion (geste à l’appui) qu’elle se sentait comme un « diamant ».  Étant « protégée » de la vue des hommes, elle devenait précieuse pour son futur mari.  Elle sera instruite, bien éduquée, et son homme l’aimera comme elle est.  Évidemment, c’est de l’innocence et de la naïveté, mais est-ce moi qui avais raison ?  Surtout lorsque la majorité des jeunes femmes de l’Arabie Saoudite croyait vraiment à cette idée enchanteresse; non.  Durant mon enfance, les films de princesses habillées de la tête au pied, vierges et pudiques, nous enseignaient qu’un homme nous aimerait dès les premiers instants et que ce serait l’amour d’une vie.  Rien de bien différent finalement.

Pourquoi n’ai-je jamais eu d’ennui en Arabie Saoudite ? Respecter leur coutume et s’adapter sans juger.  J’étais entourée de personnes qui s’assuraient de m’expliquer le respect et la compréhension des règles à l’étranger.  Je me faisais amie avec les femmes saoudiennes qui me baignaient dans leur culture tout en nous respectant mutuellement.  Savez-vous que c’est illégal, là-bas, pour une femme de se promener en compagnie d’un homme dans la rue sans papier officiel de mariage ou preuve qu’il est votre père ou frère ?  Alors, un ami à moi nous a fait faire un faux certificat de mariage pour éviter des ennuis.  Au nombre de fois que nous nous faisions arrêter, il fallait se protéger.  Pour les infirmières, ou des femmes venues travailler dans le pays, elles se promenaient en groupe ou par deux.  Une copine américaine a vécu depuis son adolescence en Arabie Saoudite, et n’a jamais eu de problèmes.  Connaissant la culture, elle ne s’est jamais mise dans le trouble;  ni moi, en fait.

Les étrangers habitaient sur des sites fermés où les maisons climatisées et confortables furent construites pour leur bien-être.  Par contre, dans mon cas, j’étais dans la même communauté que des résidents saoudiens.  De grands murs entouraient chaque village, nous avions des piscines, des centres d’entrainement, des promenades longeant le bord du Golfe Persique et des mosquées qui criaient à tue-tête même dans la nuit.  Les maisons avaient de grands murs autour de leurs cours, assurant une intimité loin des curieux.  Certaines demeures logeaient un solarium en leur centre.  Idéal pour des plantes et un beau bronzage! Sur les sites des étrangers, il n’y avait pas de mosquées, beaucoup de partys, de galas, de soirées entre amis, de parties de billard, des spas et des piscines et même des rallyes !

En groupe, nous partions à l’aventure dans le désert pour des expéditions,  faire de la plongée sous-marine dans le Golfe Persique, ou même se taper de très bons restaurants internationaux en ville.  En fait, j’étais tellement dans l’illégalité, que des militaires américains m’avaient invité à plonger au quai situé sur la base militaire.  Mauvaise décision.  Dès que je suis sortie de l’eau, un « Mottawa » (un intégriste musulman) m’a accueilli en criant que je n’avais pas le droit d’être là ! Surtout en train de faire de la plongée !  Imaginez !  Les autorités ont fermé le Quai à tous (incluant les militaires) à cause de moi !  Extrême, n’est-ce pas ? Tout à fait.

En Arabie saoudite, les femmes n’ont pas le droit de s’asseoir dans certains restaurant comme le Baskin Robbins.  Ce n’était pas grave, nous achetions notre crème glacée et nous sortions en savourant notre dessert dans les rues de Jubail, ou Khobar, ou Riyadh ou Djeddah pendant notre magasinage.  Pour s’assurer que nous (les femmes) respections les consignes, quelques restaurateurs affichaient des pancartes triangulaires bordées de rouge ayant un dessin d’une femme au centre (femmes interdites).  Tant pis ! Nous allions nous installer chez ceux qui voulaient notre argent.  Ils aménageaient leurs locaux pour recevoir les femmes, les couples et les familles.  Les souks (marché extérieur) adoraient les femmes, surtout les vendeurs de tissus et les bijoutiers.  Croyez-vous vraiment que ce sont les hommes qui achètent ces trucs à profusion ?  Hé non !  Nous sommes les meilleures clientes (étrangères et Saoudiennes confondues )!

Le monde des affaires se fout un peu des mœurs quand il s’agit de faire du profit.  En décembre 1992, nous tentions d’être imaginatifs pour Noël.  Lors d’une sortie, un propriétaire saoudien nous a approchés dans sa boutique en nous invitant à le rejoindre juste avant la prière (ils devaient fermer leurs boutiques et restaurants durant les trois prières journalières à cette époque).  Dès notre arrivée, il verrouilla la porte derrière nous et, nous fit signe de le suivre.  Dans son entrepôt, il tenait un marché noir de décorations de Noël !  Sapin inclus !  On a saisi notre chance.

Dire un bonjour au Prince Sultan avant de quitter un restaurant ou dîner avec des Saoudiennes mariées qui sont respectées dans leur décision de ne pas avoir d’enfants pour une carrière en médecine, en finance, en architecture ou autres, c’était fréquent.  Les parents désirant un avenir pour leurs filles, en les encourageant  à faire des études dans les universités saoudiennes ou à l’internationale, c’était et c’est encore fréquent.  Ma copine Jana avait 18 ans lorsque nous nous sommes perdues de vue, elle m’avait annoncé son admission à l’Université King Faisal à Riyadh en médecine.  Puis, 20 ans plus tard, nous nous retrouvions à Montréal alors qu’elle terminait un 2 ans de spécialisation en Fertilité in vitro à l’Université McGill pour perfectionner ses connaissances et les ramener dans son pays.  Après 2 Fellowships (terme médical), mon amie célibataire saoudienne de 38 ans, est devenue Chef de l’unité en Fertilité in vitro à l’Hôpital Général Almana à Damman et est la fierté de ses parents.

J’ai été soigné par ces femmes médecins saoudiennes durant mon séjour en Arabie Saoudite.  J’ai croisé des copines se dévoilant dans une librairie publique pour me dire un « salut » joyeux.  Elles m’ont ouvert leur porte de leur demeure en m’invitant à partager ma culture avec la leur, tout ceci dans la bonne humeur.  Elles sont la preuve que le bonheur existe sous différente forme et mentalité.  Nous devons faire la part des choses quand nous jugeons les « Arabes ».  Beaucoup d’entre elles sont fières de leur culture.  Beaucoup s’adaptent à notre culture à leur façon.  Si des Québécoises décident de faire ce changement dans leur vie, alors qu’elles ne cherchent pas à se démarquer, mais plutôt à respecter les traditions et les mœurs.  Les changements dans ce pays se font petit à petit.  Lentement, mais surement.  C’est un pays qui part de loin.  Éventuellement, les mentalités vont changer, mais seulement avec le temps.  Avant d’insulter une culture, soyons vraiment connaissant de notre matière.  Les médias sociaux ne sont pas toujours la réponse à nos questions.  Trop facile pour se leurrer.

 

« Récemment, nous avons vécu des moments difficiles avec les attaques à Paris et Bruxelles de la part des intégristes partisans de l’État Islamique.  Dénigrant ainsi les communautés musulmanes qui baignent dans une culture respectueuse malgré ce que l’on peut penser.  Les femmes qui prennent la décision de porter l’abbaya, le hijab et/ou le voile est souvent un choix culturel et de croyance, plutôt qu’une imposition religieuse et de domination masculine.  Ce qui est généralement véhiculé par l’opinion publique.  Ayant vécu quelque temps en Arabie Saoudite, j’en connais un peu plus sur le sujet.  J’aimerais vous en faire part en vous partageant mon expérience. » Par Thérèse Thémélis, Voyageuse et…

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À propos Thérèse Thémélis

Ayant près de 20 ans d'expérience en Ressources humaines, Mme Thémélis vient vous partager son expertise afin de comprendre le marché du travail. Aussi, elle vous révélera plusieurs facettes de ses expériences de vie qui ont influencé ses choix. Consultante en Ressources humaines, Survivante de cancer, mère adoptive et entrepreneure. Site web: www.tgtconseil.com

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