Dans le quotidien d’adolescentes

Dans Chair et âme : l’hypersexualisation des jeunes filles, Blanche Martire met en scène quatre jeunes adolescentes (Isabelle, Aurore, Louise et Julie) qui, à l’âge de la puberté, sont confrontées à leurs changements corporels et à leur rapport à la sexualité. Il s’agit avant tout d’expliquer le contexte social dans lequel grandissent ces jeunes filles, soit une présence constante, voire intrusive, de la nudité dans leur réalité quotidienne par le biais des médias. L’auteure pose alors le problème d’identification de ces adolescentes enfermées dans un monde hypermédiatique.

Le corps : d’enfant à femme

La perspective narrative se déploie autour du personnage de Louise qui décrit son expérience, et celle de ses amies, de la puberté. Elle explique clairement que l’adolescence, étape de transition entre l’enfance et l’âge adulte, est une plongée drastique dans la sexualité pour les jeunes filles. La narratrice exprime ainsi que «les enfants apprennent du monde des adultes en observant, en examinant ce qu’on leur propose, en tâtonnant, en se trompant, en se mettant en danger» (Martire, 2016, 24). C’est bien là le problème. À travers le regard de Louise, on assiste au brusque apprentissage de la sexualité par les adolescentes bombardées de publicités, de pornographie ou de vidéo-clips où le corps féminin mis en scène est dégradé par des représentations hypersexualisées.

Chair et âme permet d’ailleurs de poser le sens de la vue comme élément essentiel de surexposition des jeunes filles à cette hypersexualisation. La narratrice donne en exemple la «star» Miley Cyrus qui, alors qu’elle incarnait l’innocente Hannah Montana étant jeune, joue aujourd’hui la «fille facile» complètement «nue et léchant un manche» (23). La limite entre le développement de la sexualité adolescente et la reproduction outrancière d’une vulgarité promue par les médias est alors très mince.

Le langage «des jeunes» : de vulgarité à banalité

Martire montre clairement la banalité du langage vulgaire qu’utilisent entre elles les quatre amies, notamment par la forme épistolaire. En effet, les lettres que s’envoient Louise et Julie permettent à ces dernières de s’exprimer librement, découvrant ainsi leurs préoccupations dans un langage rude, direct, sans pudeur. Les mots sont vidés de leur contenu violent telles les images de nudité qui défilent sans arrêt du monde hypermédiatique qui entoure ces jeunes filles : «Mathias ne pouvait pas l’appeler grosse chienne ou sale pute, mais ma petite salope ou mes gros seins d’amour. Fallait pas abuser!» (135) L’acceptation féminine de cette forme de langage, voire sa reproduction par les femmes elles-mêmes, pose un véritable questionnement sur l’apprentissage offert par la société aux adolescentes. La dégradation verbale jusqu’à ne devenir que corps, que chair comme le rappelle le titre du livre, démontre à quel point les batailles féministes ont été manipulées dans leurs représentations médiatiques. Une jeune fille peut chanter à tue-tête la chanson de Robin Thicke Blurred Lines (donnée en exemple la 152e page du livre); après tout, le «beat» est bon, n’est-ce pas?

Louise souligne l’incompréhension, voire l’échec, des spécialistes à comprendre le rapport à la sexualité qu’entretiennent les adolescentes de ce siècle, lesquelles «parlent le langage porno comme un langage courant» (184).

Entre fiction et réalité

Chair et âme joue sur la frontière entre fiction et réalité. Il pose des problèmes contemporains, notamment quand on observe attentivement les exemples insérés dans le texte. Ce livre remet en question le contenu des images et concepts proposés dans toutes les sphères médiatiques. Il permet de prendre conscience de la grande responsabilité des adultes dans le développement des adolescents. Par le biais de Louise, le lecteur-rice assiste au désarroi de jeunes filles prises dans une réalité qui pourrait totalement s’assimiler à la nôtre. D’ailleurs, l’auteure écrit par moment sur son expérience personnelle.

Les jeunes d’aujourd’hui ont bien changé entendons-nous souvent péjorativement, mais nous sommes-nous demandés à qui la faute? Tout ce qu’ils ont à leur disposition (téléphone, internet, tablette, etc.), nous leur avons mis entre les mains. Il est temps de remettre en question nos méthodes d’apprentissage.

Dans Chair et âme : l’hypersexualisation des jeunes filles, Blanche Martire met en scène quatre jeunes adolescentes (Isabelle, Aurore, Louise et Julie) qui, à l’âge de la puberté, sont confrontées à leurs changements corporels et à leur rapport à la sexualité. Il s’agit avant tout d’expliquer le contexte social dans lequel grandissent ces jeunes filles, soit une présence constante, voire intrusive, de la nudité dans leur réalité quotidienne par le biais des médias. L’auteure pose alors le problème d’identification de ces adolescentes enfermées dans un monde hypermédiatique. Le corps : d’enfant à femme La perspective narrative se déploie autour du personnage de…

Passage en revue

Note de l'utilisateur 4.75 ( 2 votes)

Laisser une réponse

x

Check Also

Motiver son jeune pour l’école

Avec ses beaux jours et sa belle température, mai est le temps de l’année où ...

Les jeunes technos du millénium: en équilibre avec le marché futur.

  « Les millénaux nous intriguent.  Nous sommes en 2017 et les premiers ont commencé à ...

Les 3 types de coaching familial

Le coaching familial permet d’obtenir l’aide d’un professionnel qui vous propose des solutions, des trucs ...

Magazine Vie Familiale

Inscrivez-vous !

Pour ne rien manquer de nos nouveaux articles & nos dossiers spéciaux! *

 

Inscription infolette
Envoi

 

*La fréquence d’envoi de nos infolettres est aux 2-3 semaines