La communication paradoxale

Savez-vous métacommuniquer?

La métacommunication est le moyen par excellence pour se sortir de presque tous conflit ou situation conflictuelle possible qui apportent son lot de chicane et mésentente. Elle est idéale lorsque l’on fait face à un paradoxe.

Le paradoxe

Un paradoxe est une « opinion, une proposition, une chose ou un fait qui parait défier la logique parce qu’il présente des aspects contradictoires et insolubles » (dictionnaire Larousse).

La notion de paradoxe en communication a été introduite dans les années 50 par les recherches des principaux fondateurs du courant de pensée que l’on nomme « École de Palo Alto » : Gregory Bateson, Paul Watzlawick, Don D. Jackson, John Weekland, Jay Haley, Richard Fisch et William Fry.

Basé sur des concepts issus de la cybernétique, le courant est à l’origine de la thérapie familiale et de la thérapie brève. À partir de la théorie des systèmes, ces chercheurs développèrent la psychothérapie systémique (appuyée sur la notion d’homéostasie familiale:  soigner une pathologie psychiatrique chez un membre de la famille passe par la prise en compte de toute la famille. La personne malade n’étant qu’un symptôme de la pathologie de la famille/système. Le malade n’est donc plus seul « responsable » de « sa » maladie).

Leurs travaux débouchèrent également sur l’élaboration de la notion de paradoxe et de la théorie de la double contrainte.

Bateson lui-même a défini la psychologie sociale comme étant « l’étude des réactions des individus aux réactions d’autres individus ». En tant que psychosociologue et coach familial, cette définition est à la base de mon intervention auprès des familles. Si je vous parle de paradoxes aujourd’hui, c’est pour vous sensibiliser au fait que les paradoxes existent dans la vie de tous les jours.

En effet, sans s’en rendre compte, on envoie des messages paradoxaux à nos enfants, nos adolescents ou à tout autre membre de la famille, collègue ou ami. Malheureusement, les paradoxes sont aussi à l’origine de nombreux conflits, crises ou querelles.

Les 4 types de messages paradoxaux

1Les messages contradictoires simples : Il s’agit d’une opinion ou d’une idée que vous émettez dans un contexte, mais que, dans un autre contexte, la même opinion ou la même idée est émit de manière inverse. Par exemple :

Contexte 1 : Vous dites à votre ado que les drogues sont dangereuses pour la santé, même un petit joint!

Opinion/idée sur les drogues 1 : Les drogues sont dangereuses, même un petit joint!

Contexte 2 : Lors d’une discussion entre amis (alors que votre ado est présent) vous vous remémorez vos anecdotes de jeunesses et vous mentionnez tout le « fun » que vous aviez à prendre « un petit joint » avec la gang.

Opinion/idée sur les drogues2 : Prendre un joint c’est fun. Entre amis c’est acceptable.

 

Autres exemples de messages contradictoires:

D’un côté, vous demandez aux membres de la famille de ne pas crier de part et d’autre de l’escalier. De l’autre, vous criez vous-même de part et d’autre de l’escalier pour les avertir que le souper est servi au lieu de monter ou descendre de niveau pour les avertir.

D’un côté, vous demandez aux enfants de bien s’habiller (tuque, mitaines, foulard, salopette), car vous leur dites qu’il fait froid dehors et vous ne voulez surtout pas qu’ils tombent malades (même si vous vous rendez directement dans la voiture chauffée). De l’autre, vous ne mettez qu’un manteau (pas de tuque, pas de mitaines, pas de foulard, etc.).

2Les messages paradoxaux prosodiques : Ils surviennent lorsqu’il y a une incohérence entre ce que vous dites au du point de vue verbal et ce que votre langage non verbal démontre. Les messages paradoxaux sont composés d’un message explicite et d’un message sous-entendu.

Le paradoxe prosodique vient du décalage entre les paroles qui sont prononcées et le ton (l’intonation, l’accentuation, la mimique, le débit, le volume, etc.) avec lequel vous les prononcez. Toutes les phrases sarcastiques ou les ironies sont en fait des messages paradoxaux prosodiques.

Par exemple :

  • « Wow. C’est beau! » Prononcé sur un ton de dégoût.
  • « Ah, bravo! » Énoncé sur un ton enragé ou ironique.

 

3Les injonctions paradoxales : Le paradoxe vient du fait que ces injonctions exigent des comportements qui ne peuvent être commandés, car ils sont non contrôlables. Par exemple : « Fâche-toi pas! » — « Sois spontané! »

Ces injonctions impliquent des émotions ou des sentiments. Or, les émotions et les sentiments que nous éprouvons échappent totalement à notre volonté. On ne peut pas se forcer à être spontané, sinon on ne le sera pas.

4La « double contrainte » : Selon Gregory Bateson, la double contrainte implique une demande ou « Vous êtes damné si vous le faites, et vous êtes damné si vous ne le faites pas ». Ce sont en fait des demandes impossibles qui nous sont formulées.

Afin d’illustrer par un exemple le paradoxe de la double contrainte, Paul Watzlawick propose l’exemple d’un panneau autoroutier indiquant « ignorez ce panneau ». Il explique : « C’est un véritable paradoxe parce qu’il porte sur lui-même. Pour obéir à l’injonction de ne pas tenir compte du panneau, il faut commencer par le remarquer. Mais l’acte même de le remarquer constitue une désobéissance à l’injonction elle-même. On ne peut donc obéir au signal qu’en lui désobéissant, et on lui désobéit en lui obéissant ».

Voici deux autres exemples plus concrets : « J’aimerais que tu m’offres un cadeau, mais j’aimerais que ça vienne de toi, pas parce que je te l’ai demandé. » Si l’autre décide de m’offrir un cadeau, je dirai que ça ne vient pas du cœur et je vais lui faire un reproche. S’il ne m’offre pas de cadeau, il n’aura pas répondu à ma demande et je vais le lui reprocher. Ou encore si je vous donne une tâche à faire qui demande de la minutie et je lui dis : « Prends ton temps, mais fais ça vite ». Il est impossible de prendre son temps et d’aller vite en même temps. Si je prends mon temps, je n’irai pas vite et si je vais vite, je ne prendrai pas mon temps.

Vous voici maintenant équipé pour détecter une source fréquente de plusieurs conflits, crises, querelles ou mésententes. À l’avenir, si vous êtes confrontés à un paradoxe, au lieu de vous engueuler, métacommuniquez!

La métacommunication

Comme le mentionne Paul Watzlawick dans le livre  une logique de la communication. Il y a métacommunication lorsque la communication porte sur elle-même et qu’elle devient le sujet de la communication. Par exemple, exprimer que l’on reformule une phrase est une métacommunication (« Ce que je voulais dire, c’est que… »). Préciser un message verbal quant à la relation de celui-ci comme par exemple dire : « Je plaisantais… » est une autre forme de métacommunication.

Si vous avez affaire à une double contrainte, le mieux est de tout simplement confronter l’autre par rapport à sa demande impossible. « Tu veux que je me dépêche ou que je prenne mon temps? Je ne peux pas faire les deux! »

En conclusion, vous n’avez qu’un mot à retenir pour vous sortir de toutes sortes de situations paradoxales :  « métacommuniquer » !

 

À propos Caroline Séguin

En plus d'avoir fondé A+ Coaching au printemps 2011, Caroline signe des chroniques mensuelles pour les trousses éducatives des Entreprises Tuladi INC.. Certains de ses textes ont également été publiés par le magazine Bébé. Il lui arrive également d’être consulté à titre d’expert par les magazines Yoppa! et Enfants Québec. Enfin, Caroline est à la tête de la création du magazine Vie Familiale qui a vu le jour en avril 2014.

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