L’apprentissage de l’écriture chez les enfants

Le programme actuel du Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, en ce qui a trait à l’apprentissage de l’écriture, vise à une mémorisation de mots par cœur dans le but de les mettre le plus rapidement possible en application. Il s’agit majoritairement de listes de mots proposées par le ministère lui-même.

Malheureusement, l’aspect syllabique, le fondement même de l’écriture, est complètement mis de côté dans cette forme d’enseignement. Les sons ne sont abordés que par le biais de la lecture ̶ jusqu’à la période de Noël à peu près ̶ , bien que ces deux disciplines soient étroitement liées à ce stade de l’apprentissage.

Alors que tous les cours fonctionnels d’étymologie comme le latin et le grec ancien ont disparu, nous n’avons plus de repères pour enseigner les subtilités orthographiques les plus simples du français, et ce, malgré les changements orthographiques admis depuis 1990 par l’Académie française. Nous sommes dans une époque cruciale : si certaines générations ont connu l’apprentissage du latin et du grec ancien ou la lecture syllabique, les enfants d’aujourd’hui n’ont aucune expérience de ces options. Ils sont embrigadés dans un système qui tente tant bien que mal d’ajuster le niveau d’apprentissage de manière à faciliter, un peu trop cependant, l’enseignement et l’acquisition de connaissances. Bien des éléments de base sont pourtant omis à travers ce processus.
Le premier s’associe à la reconnaissance des syllabes soit par le biais de la dictée, soit par la correction d’un mot écrit. En effet, comment un enfant peut-il finir pas écrire correctement en français, surtout si celui-ci n’est pas sa langue maternelle, s’il est incapable avant tout de reconnaître ou de relire les bouts de mots qu’il écrit?

La mémoire n’a rien à voir dans l’apprentissage de l’écriture si ce n’est justement que dans la mémorisation et la reconnaissance des syllabes qui composent chaque mot. À ce stade, il ne s’agit pas que de l’écriture, mais bien de la lecture également. L’un est indissociable de l’autre. S’il est incapable de reconnaître les syllabes, jamais l’enfant ne pourra se défaire de sa mauvaise habitude de sur-interpréter la terminaison d’un mot écrit. Cela aura pour conséquence qu’il ne lira jamais la fin d’un mot parce qu’il en supposera un autre automatiquement. De plus, cela fera de lui un mauvais (auto)correcteur durant ses dictées et ses futures productions écrites puisque son œil n’aura jamais pris l’habitude de passer lentement, syllabe après syllabe, pour vérifier l’orthographe des mots ou la terminaison des verbes.
Le deuxième élément de base qu’il faut considérer durant l’apprentissage de l’écriture, c’est l’habileté à suivre la ligne et à ajuster son écriture à cette dernière.

En effet, écrire est une discipline corporelle à acquérir (le déliement de la main, la position assise sur une longue période de temps, le déplacement de l’œil, etc.) pour remettre des documents clairs et propres afin d’entrer dans des exigences institutionnelles. À ce sujet, les travaux du penseur Jack Goody (voir particulièrement La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage publié en 1979 pour la version française) sont très intéressants pour comprendre l’importance de l’écriture dans nos sociétés modernes ̶ ses implications sociopolitiques, organisationnelles, analytiques (lesquelles mènent à une capacité de penser abstraitement), technologiques et autres. Le simple fait d’imposer un sens (de gauche à droite, de haut en bas) instaure toute une façon de penser.

Qu’arrivera-t-il à l’enfant s’il ne suffit pas à ces balises minimales alors qu’elles forgent nos structures sociales? Un jour, peut-être ce même enfant maîtrisera-t-il tellement ces structures qu’il pourra alors les surmonter, les déconstruire. Mais avant cela, il est toujours dans l’apprentissage, quand bien même il atteindrait l’âge de soixante-cinq ans avec ses mêmes lacunes!

Le programme actuel du Ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, en ce qui a trait à l'apprentissage de l'écriture, vise à une mémorisation de mots par cœur dans le but de les mettre le plus rapidement possible en application. Il s'agit majoritairement de listes de mots proposées par le ministère lui-même. Malheureusement, l'aspect syllabique, le fondement même de l'écriture, est complètement mis de côté dans cette forme d'enseignement. Les sons ne sont abordés que par le biais de la lecture ̶ jusqu'à la période de Noël à peu près ̶ , bien que ces deux disciplines soient étroitement liées…

Passage en revue

Note de l'utilisateur 4.74 ( 7 votes)

À propos Roxane Maiorana

Roxane Maiorana poursuit ses études en littérature. Elle entame sa deuxième année de maîtrise. De plus, elle est tutrice chez Succès Scolaire. Elle offre aux enfants un service d'aide aux devoirs, de révision et de rattrapage. Elle fait aussi de la révision/correction de textes à ses heures.

Laisser une réponse

x

Check Also

arc-en-ciel de rouleau de peinture representant les types de peintures

Avez-vous pensez aux peintures écologiques

    Une fois la maison enfin construite vient le moment de choisir la peinture. ...

Immobilier : trucs pour avoir un discours qui influence

      À l’époque de la Grèce antique, tout homme influent devait maîtriser l’art ...

Contrer les pieds qui puent!

5 trucs pour combattre les petits pieds qui puent   1 Gardez vos pieds et ...

Magazine Vie Familiale

Inscrivez-vous !

Pour ne rien manquer de nos nouveaux articles & nos dossiers spéciaux! *

 

Inscription infolette
Envoi

 

*La fréquence d’envoi de nos infolettres est aux 2-3 semaines