Camille Riendeau

C’est une jolie jeune femme qui m’attendait chez le concessionnaire auto Hyundai de Ste-Julie. D’emblée, Camille Riendeau m’a informé que le concessionnaire, autrefois à Varennes, est installé à Ste-Julie depuis 10 ans et qu’il y a un an, des rénovations pour agrandir la concession ont été faites.

Cette entreprise appartient à son père (président) et sa tante (comptable), le but de Camille est d’éventuellement reprendre l’entreprise, en « montant les échelons tranquillement pas vite ».

« J’ai commencé réceptionniste, pour monter secrétaire aux ventes. J’ai vendu un peu de véhicules. J’ai fait aussi un peu de financement et me voilà au département des ventes. Je suis la championne des résolutions de problèmes! Quand il y a un problème majeur et que l’on doit communiquer avec Hyundai, c’est moi qu’on appelle! »

Le chemin de son père?

On peut dire que Camille est tombé dedans quand elle était petite. « Je ne voulais rien savoir de ça! Jeune, mon père travaillait tout le temps. Je l’ai rarement vu! À Varennes ils étaient 6 employés donc mon père faisait tout lui-même. Le week-end, il allait placer ses autos. Nous étions souvent au garage avec lui. Je m’étais toujours dit que je ne ferais pas un travail comme ça. Je trouvais ça lourd. Mon grand frère était vraiment né et prédestiné à ça. C’était lui la relève et c’était parfait comme ça. Malheureusement, mon frère est décédé en 2005 dans un accident, donc pas mal de choses ont été chamboulées. »

Suite au décès de son frère, Camille s’est beaucoup remis en question. « De fil en aiguille, mon père m’a demandé si je connaissais une amie réceptionniste pour le dépanner. De mon côté, j’étais un peu tannée d’être serveuse à La Cage aux Sports et je ne savais pas trop quoi faire comme travail. Alors, j’ai dit à mon père que j’allais le dépanner. »

Dès qu’elle s’est assise à la réception, Camile a vraiment réalisé ce que c’était comme travail. Elle l’a vu avec ses yeux d’adultes, et non plus avec ses yeux d’enfants. « Je recherchais un travail diversifié. Je ne voulais pas faire les mêmes choses tous les jours. J’ai besoin qu’en ouvrant la porte le matin, je ne sache pas ce qui m’attend. Et c’est vraiment comme ça dans l’automobile. »

Quand elle a vu c’était quoi exactement le travail dans le domaine automobile elle s’y est de plus en plus intéressée. De fil en aiguille, elle a essayé plusieurs postes. « Je suis quelqu’un qui aime beaucoup apprendre et je me suis rendu compte que j’étais vraiment tombé dedans quand j’étais petite! Je trouve ça difficile quand ils nous demandent à 16 ans de choisir ce qu’on veut faire dans la vie. Nous sommes trop jeunes et en manque d’expériences de travail. La remise en question qu’on fait à cet âge-là. Je trouve ça inconcevable de devoir choisir ce qu’on veut faire dans la vie à 16 ans. »

 La femme de carrière

« Je n’ai pas l’impression de venir travailler. Pour moi le travail, c’est le plaisir. » Au travers le parcours professionnel, il y a eu 2 enfants. Deux grossesses… deux princesses. « Même en congé de maternité, j’étais toujours au garage, mes enfants ont grandi ici, elles ont plus de photos prises ici que chez moi finalement! Ce travail me tient vraiment à cœur et me passionne donc, j’ai de la difficulté à arrêter l’ordinateur. Le téléphone intelligent me relie toujours au garage. Quand j’étais jeune, nous jouions dans le concessionnaire à Varennes et je me rappelle de la fierté de dire que c’était à mon papa. Aujourd’hui, mes enfants viennent et disent que c’est à grand-papa et que maman travaille là. »

Mais, comme toute mère en affaire, la phrase « toutes autres tâches connexes » a pris une drôle de tournure pour Camille. « On prend souvent mon image pour représenter le garage. Ce n’est pas mon choix, mais… On me voyait aussi dans une annonce qui passait au cinéma de Belœil. Les enfants de la garderie y étaient allés et ils pensaient que j’étais devenue une super star de cinéma! La première fois que mon père a voulu utiliser mon image, il m’avait dit que c’était pour les journaux locaux seulement. Je me suis vite aperçu que c’était beaucoup lu, les journaux locaux! Et ensuite, il m’a appelé pour me demander de passer au garage. Quand j’ai passé devant, sur l’autoroute, je me suis vue, sur la devanture, en photo immense, et là, je n’étais pas contente! Ma face est sur une bâtisse! Mais, pour les gens, les clients, le lien d’attachement est important. Et pour nous aussi, c’est important d’être là à chaque étape. C’est très familial ici. Mon père passe la moppe et le balai dans la salle d’exposition. Il faut travailler super fort pour briser l’image du vendeur de “chars” malhonnête. Nos clients ne sont pas des signes de dollar. C’est grâce à eux si on est là. Alors on les remercie. Souvent. »

Oui elle travaille fort pour reprendre l’entreprise, quand le moment sera venu. Mais pas tout de suite. « “Mon père et ma marraine, c’est important pour moi qu’ils soient là. C’est important et je ne vois pas le moment où ils vont partir. Vont-ils vraiment partir? Jamais! Ils l’ont bâti de zéro donc, ils ne partiront vraiment jamais. »

La mère de famille trouve-t-elle son équilibre?

Le domaine de l’automobile est un domaine masculin. Mais qu’est-ce que Camille trouve le plus difficile? « Ce que je trouve le plus difficile dans tout ça? L’équilibre travail-famille. C’est ma quête pas mal tous les jours. Je suis au garage, je finis tard. Parfois, je me sens coupable de ne pas être à la maison. Je suis à la maison et des choses se passent au garage, je me sens coupable de ne pas être au travail. Il faut que je décroche. La planète n’explosera pas et la terre va continuer de tourner même si je ne suis pas là. Le détachement est difficile. Ma plus vieille commence l’école en septembre! On a décidé de déménager à Ste-Julie pour faciliter les choses au niveau des déplacements. On s’achète une qualité de vie. Je ne veux pas envoyer mon enfant à 6 h le matin à l’école et aller la rechercher à 18 h. Alors on fait des choix en conséquence de ça. »

 Avec 15 mois de différences entre ses deux filles, et un travail qui sort du 9 à 5 habituels, la question se pose; le papa est-il présent? « Oui, aussi présent qu’il le peut, malgré son poste de directeur dans une entreprise. Mais lui aussi, je veux qu’il réussisse dans sa carrière, alors on gère les priorités. Aujourd’hui, c’est toi qui y vas et la prochaine fois ça sera moi! Tu sais, quand faut que tu discutes avec ton chum de qui va aller et quand on va aller au Dollorama pour acheter le truc que la garderie a demandé! On se comprend, on se parle beaucoup et on s’envoie des invitations Outlook! »

En tant de que femme d’affaires et maman, a-t-elle des femmes dans son entourage qui peuvent la comprendre? « J’ai des amies mamans, mais je n’ai personne qui est en affaires. Elles ont de super belles carrières, mais une fois la porte de leur bureau fermée, la job est fini. Des fois je les regarde et je les envie. Les avantages sociaux, les journées de congé, les journées de maladie… Mais j’ai fait mon choix et elles ont fait le leur et c’est correct comme ça. Sûrement que je ne serais pas heureuse de faire leur travail. Elles me le disent souvent : je ne sais pas comment tu fais! »

Personne ne meurt dans la vie d’être trop occupé. On survit et finit toujours par y arriver. On se demande toujours comment on a fait, mais on y arrive! « Je m’entraine, nous faisons attention à notre alimentation. Je vais à l’université pour suivre les étapes du manufacturier et pour continuer à monter au sein de l’entreprise. Je trouve encore du temps pour d’autres projets. L’adrénaline est là! Ce qui est fidèle dans la vie, c’est le ménage. La routine est quand même là. J’appréhende beaucoup la rentrée scolaire avec les lunchs, le sac à dos, les devoirs… »

Mais comment fait-on pour se retrouver à la tête d’un concessionnaire? « Je dois acquérir encore plus de compétences et de connaissances pour continuer à grimper les échelons. En ce moment, je m’occupe vraiment des ventes. Mais, je dois vraiment m’attarder au département des pièces et services pour comprendre ce monde qui est complètement différent. C’est très “homme” de comprendre la mécanique, alors je l’admets, c’est plus long pour moi. Je suis un cours via la CCAQ, une université qui est aux États-Unis, la NADA. Ils ont traduit les cours en français, donc il me reste 2 derniers modules, pièces et services, pour avoir mon diplôme de la NADA. Ensuite de ça, je pourrai penser faire partie de la tête de l’entreprise, car, chez Hyundai, ce n’est ni mon père ni ma tante qui décident, c’est le manufacturier qui décide. Ça prend à peu près 1 an. Ce n’est pas n’importe qui donc qui peut avoir son entreprise. Depuis 4 ans, je m’implique dans tous les départements, j’assiste aux réunions. C’est donc une job, au sein de ma job, pour pouvoir monter. Je dois prouver, me prouver, mon nom commence à se faire, ils m’appellent directement maintenant. Je suis vraiment jeune et je suis une fille dans l’automobile donc je dois vraiment faire mes preuves. Il y en a des femmes, qui ont fait leur place et elles ont travaillé fort. J’ai encore de la notoriété à acquérir. »

C’est avec le regard rempli d’admiration que j’ai terminé cette entrevue. Une femme avec des valeurs familiales bien ancrées dans le cœur et la passion de son métier qui transpire de son être. Une dame dans un milieu d’homme, une maman énergique, qui fait de son mieux avec les outils dont elle dispose. Un modèle à suivre, pour bien de mères en affaire!

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Karine Champagne journaliste et chef d’antenne à TVA sport lisez l’entrevue complète

 

 

C’est une jolie jeune femme qui m’attendait chez le concessionnaire auto Hyundai de Ste-Julie. D’emblée, Camille Riendeau m’a informé que le concessionnaire, autrefois à Varennes, est installé à Ste-Julie depuis 10 ans et qu’il y a un an, des rénovations pour agrandir la concession ont été faites. Cette entreprise appartient à son père (président) et sa tante (comptable), le but de Camille est d’éventuellement reprendre l’entreprise, en « montant les échelons tranquillement pas vite ». « J’ai commencé réceptionniste, pour monter secrétaire aux ventes. J’ai vendu un peu de véhicules. J’ai fait aussi un peu de financement et me voilà au département des…

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